Diabète et complications psychiques

Le processus d’intégration de la maladie est normal et nécessaire à son acceptation. D’une durée variable et individuelle, chaque étape doit néanmoins, à un moment ou un autre, laisser place à la phase suivante. Aussi faut-il s’alerter quand on s’installe trop longtemps dans l’une d’elles. Si le stress se met à déclencher de véritables troubles anxieux, si le coup de blues vire en dépression qui dure pendant plusieurs mois, en un mot si le clignotant s’est transformé en feu de détresse, mieux vaut agir, et vite. Car le fait est que, en matière de diabète, la politique de l’autruche ne paye jamais.

Les troubles phobiques ou l’art de l’évitement

La phobie est un trouble anxieux caractérisé par une angoisse suscitée par un contexte particulier (objet, animal, environnement…). L’avantage ? La phobie semble en partie maîtrisable puisqu’il suffit d’éviter la situation anxiogène. L’inconvénient ? En pratique, le trouble n’est pas si simple à gérer dans la mesure où il correspond bien souvent à des situations fréquentes - et pas toujours évitables - de la vie quotidienne.

La phobie caractérise une stratégie, plus ou moins consciente, d’évitement : c’est l’art de « prendre la tangente » face à une situation dérangeante. Le phobique se protège en se concentrant sur autre chose que la raison de la phobie. Dans le diabète, ce comportement peut se rencontrer de manière extrême avec des patients dont la phobie s’est cristallisée sur le sang ou encore les piqûres et qui, de ce fait, « contourne » la gestion de leur maladie. Inutile de préciser qu’un tel trouble peut engendrer des conséquences embarrassantes sur le suivi du diabète et l’observance du traitement. D’autres phobies sont également parfois rencontrées chez les diabétiques : la peur d’être jugé négativement par les autres (phobie sociale) et la peur des complications liées à la maladie qui, poussée à l’extrême, peut parfois prendre la forme d’une sorte d’hypocondrie et représenter un véritable handicap dans la vie de tous les jours.

« Internet ou comment devenir hypocondriaque en quelques clics »

Juste derrière la télévision, Internet est devenu le deuxième outil d’information préféré des Français. Or, sites en surnombre riment souvent avec mésusage. En effet, qui ne s’est jamais retrouvé perclus de maladies incurables à la seule lecture des symptômes d’une quelconque affection sur un des nombreux sites santé trouvés au hasard ? Trop d’info tue l’info. Et sur la toile, le seuil de toxicité est vite atteint. Si cet outil fabuleux peut vous aider à approfondir un sujet qui vous intéresse, son bon usage passe par quelques règles simples d’utilisation.

  • Ne substituez jamais l’information provenant de votre médecin à celle trouvée sur Internet (celui-ci reste, envers et contre tout, votre premier interlocuteur).
  • Consultez des sites référencés et dont le contenu est garanti (signature et labellisations reconnues, qualité scientifique et médicale attestée, respect des règles déontologiques interdisant tout diagnostic, absence de pronostic et de prescription médicale en ligne).
  • Faites un usage modéré de votre ordinateur. À moins de chercher une donnée particulièrement pointue, l’information de base sur un quelconque sujet ne nécessite pas plus de quelques dizaines de minutes de navigation.

Bien que très nombreux (l’association psychiatrique américaine en recense plus de 6 450 !), les troubles phobiques passent rarement inaperçus, ce qui présente un avantage pour une prise en charge précoce de la maladie. Le traitement repose alors principalement sur les Thérapies Comportementales et Cognitives ou TCC , seules ou en association avec un traitement médicamenteux.

Les troubles obsessionnels compulsifs

Les Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC) font eux aussi partie des pathologies de l’anxiété. Ils se caractérisent par la répétition de pensées ou de gestes persistants (obsession), mais également irrépressibles (compulsion) visant à chasser l’angoisse. On parle de TOC lorsque ces troubles occupent plus d’une heure par jour de la vie d’un individu et que ceux-ci représentent un handicap au quotidien.

Chez les diabétiques, ces troubles obsessionnels se cristallisent le plus souvent sur la crainte des germes et de la contamination, engendrant alors une hygiène excessive (lavage répété des mains avant une piqûre, hygiène excessive des pieds…), ou encore sur un régime alimentaire trop intense et restrictif (notamment chez les femmes où le règne de la minceur est quotidiennement entretenu sur papier glacé). De plus, ces troubles peuvent s’accompagner d’autres manifestations anxieuses comme la dépression ou certains troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie). Faute d’être repérés suffisamment tôt, les TOC peuvent, chez un diabétique, contribuer à dérégler de manière préjudiciable l’équilibre de la maladie.

Après plusieurs années de flottement, le traitement des TOC est aujourd’hui axé sur l’association d’une psychothérapie (la Thérapie Comportementale et Cognitive ) et d’un traitement médicamenteux adapté.

La dépression

La dépression peut intervenir dans le prolongement d’une déprime passagère ou s’installer à distance alors que l’on pensait avoir « digérer » le problème, témoignant ainsi d’une immaturité du processus d’acceptation.

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Il n’y a pas véritablement de signes caractéristiques de la dépression mais plutôt des symptômes évocateurs de la maladie, proches de ceux de la déprime à ceci près qu’ils sont installés dans le temps et parfois plus intenses.

  • Une profonde tristesse (idées noires dès le matin), perte du goût et de l’envie de pratiquer les activités que l’on aime habituellement.
  • Des troubles de l’humeur (nervosité, agressivité envers les autres ou envers soi-même).
  • Un sentiment d’inutilité, de culpabilité, un manque de confiance en soi.
  • Une modification de l’appétit.
  • Une altération du sommeil.
  • Une difficulté à se concentrer, des trous de mémoire, des maux de tête.
  • Un repli sur soi, un isolement social.
  • Le sentiment d’être débordée, fatiguée.
  • L’impression de subir sa vie et d’être en marge de la société…

Contrairement à la déprime, la dépression est une maladie et doit être prise en charge médicalement afin d’être soignée. Elle est dangereuse pour le malade car elle peut engendrer des comportements suicidaires mais également pour sa maladie car elle induit une forme de démission face à celle-ci, avec à la clé manquements et négligences dans sa prise en charge. Le traitement de la dépression associe souvent médicament et suivi psychothérapique.

« Somatisation, ou quand le corps prend la parole »

L’homme est un être de langage « programmé » pour verbaliser ses sentiments, bons ou mauvais. Quand la parole ne vient pas, c’est le corps qui s’exprime en « somatisant » ses troubles psychiques, même les plus profonds. Chez une personne en bonne santé, ceux-ci vont souvent s’exprimer sous la forme de douleurs dans le dos, la poitrine (les cardiologues voient passer bon nombre d’anxieux non cardiaques dans leur cabinet !) ou encore la région abdominale. Dans le cas d’une maladie chronique comme le diabète, maillon faible de l’organisme, la somatisation peut accentuer certains types de douleur (neuropathies des membres inférieurs), favoriser la prise de poids par des compulsions alimentaires ou majorer les glycémies sans autre raison (pas d'écart alimentaire, bonne observance).

Le stress complique le diabète et le diabète complique le stress. Renée, 63 ans