Paroles de diabétiques
Anecdotes, tranches de vie, partage d’expérience… Cette rubrique est la vôtre.
Vivre ses rêves avec le diabète
« J’ai fait les 100 kilomètres VTT de Millau ».
« Une catastrophe ! ». C’est en ces termes que Pierre-Yves résume aujourd’hui ce qu’il a ressenti à l’annonce de son diagnostic, il y a 20 ans. « Le diabète à cette époque on n’en parlait moins que maintenant. Les gens ne savaient pas bien ce que c’était. J’ai même entendu dire que j’allais guérir tout seul au bout de 5 ans ?! ». Pierre-Yves passe alors sous insuline et décide de s’investir pleinement dans la gestion de son diabète. « Je me suis toujours beaucoup surveillé. Je n’hésite pas, même aujourd’hui, à faire jusqu’à 10 glycémies par jour pour être certain que tout va bien ». Car Pierre-Yves a développé une véritable passion pour le sport et les sensations fortes. Boxe, squash, ULM, vélo… C’est ce dernier qui a fait l’objet d’un grand projet au mois de mai. « On a décidé avec des amis de faire les 100 kilomètres de Millau en VTT. Concrètement, çà représente environ 12 heures de vélo dans la journée non-stop ». Décision prise, Pierre-Yves commence son entraînement 6 mois avant la date fatidique. Tous les week-ends, il part avec ses copains faire des « promenades » de 30 à 140 kilomètres dans la journée. « Le plus difficile c’est pas la distance, c’est le dénivelé. Et çà peut aller jusqu’à 2000 m ! ». Sur des chemins qui ne sont pas tous lisses et goudronnés, évidemment. Au cours de leur entraînement, Pierre-Yves et ses amis ont même « fait le Mont Ventoux » Résultat : 1600 mètres de dénivelé sur des chemins en cailloux pour la plupart. Dans ces cas-là, Pierre-Yves gère étroitement sa surveillance et son insulinothérapie. « En période d’entraînement intensif, rien qu’avec le sport, je réduis mes doses d’insuline rapide par trois, voire quatre. J’arrive également à baisser de deux ou trois unités par jour mon insuline retard. Dernièrement, j’ai perdu 6 kilos ! » Pourtant, Pierre-Yves absorbe beaucoup de sucres rapides pour garantir son endurance. Pour le resucrage, il conserve juste sur lui du Coca Cola (« on ne fait pas mieux pour un resucrage éclair ! ») et des bonbons mous aux fruits. « Je suis très vigilant sur les hypoglycémies nocturnes. Il m’est même arrivé de mettre mon réveil au milieu de la nuit pour surveiller ma glycémie ». Avec cette hygiène de vie, Pierre-Yves ne se prive de rien. « Je déjeune souvent au restaurant pour mon travail et çà se passe très bien. Mon équilibre glycémique est bon et les écarts alimentaires que je peux faire sont globalement bien acceptés. Le sport y est pour beaucoup c’est sûr, mais j’ai aussi pris le temps d’apprendre à me connaître et à comprendre comment réagit mon organisme selon les situations et les aliments. Je n’ai jamais rien pesé, j’ai toujours tout fait « au jugé ». Et je n’ai pas de problème ». Le sport a aussi permis à Pierre-Yves de se sentir moins stressé. « On gère plus efficacement les problèmes du quotidien et on est plus précis dans ce que l’on fait ». Le diabète a évidemment changé la vie de Pierre-Yves, mais pas seulement en y ajoutant des contraintes. « Il n’y a rien de grave à être diabétique. C’est vrai que c’est une maladie parfois un peu envahissante, mais en même temps, elle impose une rigueur qui ouvre la voie à des choses qu’on ne ferait peut-être pas autrement. Et puis les traitements et les outils de surveillance d’aujourd’hui sont beaucoup plus performants qu’il y a 20 ans ». Finalement, pour Pierre-Yves, la maladie ne semble pas si difficile à vivre. « Même les contraintes se transforment vite en automatismes. Je crois qu’en fait ce qui est le plus dur dans le diabète, c’est de l’accepter ». Après Millau, Pierre-Yves projette une « petite virée » de 1500 kilomètres en moto-neige au Canada en janvier prochain. « On peut faire jusqu’à 200 kilomètres à l’heure et il fait facilement – 40 °C à cette époque. Il faudra que je garde mon insuline contre moi pour qu’elle ne gèle pas et mon matériel de surveillance sera conservé au chaud dans une glacière à l’arrière ». Quand on parle à Pierre-Yves de la compatibilité de sa maladie avec ces sports de l’extrême, la réponse est claire. « Les barrières sont souvent psychologiques. On peut vraiment faire les mêmes choses que les autres quand on est diabétique. Peut-être même qu’on a davantage l’envie de relever des défis… ». Et de conclure. « Je ne sais pas ce qui se serait passé si je n’avais pas été diabétique mais je pense que j’aurais fait moins de choses… ».

Propos recueillis le Monday, September 21, 2009

Pierre-Yves, 43 ans, Région PACA (12)
Diabétique de type 1 depuis l’âge de 22 ans, sous multi-injections.
« J’ai réussi dans ma vie professionnelle… Avec mon diabète ».
« Il me semble avoir eu une arrière-arrière grand-mère diabétique, mais c’est tout ». Alexandre est tombé malade à l’époque où la pompe à insuline est devenue plus accessible. « Je me suis documenté, j’ai fait des recherches pour apprendre ce qu’est le diabète et comment j’allais devoir le gérer, et j’ai tout de suite opté pour la pompe ». Aujourd’hui, à part un « break » pendant l’été, Alexandre ne quitte plus sa pompe. « Elle fait partie de moi. Avec elle, mon diabète est mieux régulé et me laisse plus de souplesse dans mes activités ». Entré comme vendeur dans un magasin de bricolage, Alexandre est aujourd’hui chef de rayon. « Cà n’était pas évident d’emblée pour moi ce métier. Je fais beaucoup de manutention, je manœuvre des engins élévateurs… Pourtant, je dois reconnaître que tout va bien dans mon travail avec le diabète. Mes collègues sont au courant, tout se passe bien. Heureusement d’ailleurs, parce qu’une fois j’ai fait une hypoglycémie sévère qui a nécessité l’intervention des pompiers. Tout le monde a compris ce qui se passait et personne n’a paniqué. Ils ont même su comment me resucrer ». Pourtant Alexandre ne se destinait pas à cette voie professionnelle. « Je suis pâtissier-cuisinier de métier. Un comble ! J’ai même ouvert un snack-bar avec ma mère juste après mes études. En fait, avec les horaires décalés de la restauration, c’était vraiment pas facile de gérer la maladie. J’ai préféré me réorienter tout de suite pour éviter d’avoir à le faire plus tard, dans des conditions peut-être moins confortables ». Quant au regard de ses collègues sur sa maladie… « Plutôt curieux et interrogateur. Il y a beaucoup d’idées reçues sur le diabète. Même aujourd’hui. Les gens pensent savoir ce que c’est alors que la plupart en sont encore à croire qu’on n’a pas le droit de manger du sucre ». Les contrôles glycémiques ? « Si je me sens gêné, je m’éloigne un peu, c’est tout ». Alexandre fait partie de ces convaincus qui pensent que le diabète doit s’adapter à la vie que l’on mène et non l’inverse. « Sans se dire que l’on va vivre comme un non diabétique, il ne faut pas non plus se restreindre dans ce que l’on a envie de faire. Et c’est en assimilant progressivement la maladie qu’on en devient familier. Moi, j’ai mis deux ans environ à me sentir à l’aise, mais maintenant tout va bien ». Et puis, Alexandre pense toujours qu’il y a pire dans la vie. « Il y a des maladies plus graves que le diabète, et des situations dans la vie qui vous empêchent d’avoir une famille, des enfants, un travail… Moi j’ai tout çà, je suis heureux ».

Propos recueillis le Monday, September 21, 2009

Alexandre, 30 ans, Moirans (38)
Diabétique de type 1 depuis l’âge de 21 ans, sous pompe à insuline depuis 2007.